mai 14th, 2013

Trente-neuf | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Presque tout

billet39Un ami me demande de faire une liste, l’invitation tombe bien me dis-je, car j’aime les listes, je suis croyant pratiquant & prosélyte, je liste & fais écrire des listes, dans mes ateliers, la liste énoncé-je inlassable, c’est un pré-texte, un avant-texte, & c’est surtout déjà du texte, c’est du texte intensément réflexif, du texte s’inventant lui-même ainsi débarrassé du surmoi enfermant des intentions de résultat, du texte déployé spatialement selon des logiques propres & singulières (la plus strictement droite des listes ne tenant jamais tout à fait droit), du texte sans diégèse ni message mais pas sans rythme, non, du texte en expansion comme la matière – bref, j’aime les listes, & la demande fait mieux que me plaire, elle me stimule & fait écrire (avant même de dresser la liste, l’idée de la liste fait écrire, un prétexte au pré-texte, expansion vers l’antérieur, fabuleux mouvement arrière-avant, un branle joueur de l’esprit).

La liste, elle, pendant que j’y pense & l’oublie, elle se trace gomme & redessine dans ma tête, pendant que les yeux scannent la bibliothèque, elle se replie s’incurve repart, elle est étique puis boursouflée, sa forme ne tient pas sa place, tandis qu’émerge ce constat :

Je retiens mal les livres.

Plutôt : je ne les laisse pas, ou peu, & peu de temps, seuls (en moi).

Des conditions d’expérience poussent en ce sens : souvent, je lis, pour des raisons précises (un débat à animer), tous les livres d’un auteur, en un temps resserré. Ainsi, de l’année 2012, me restent, souvenir encore vifs, quelques semaines passées dans les livres d’Emmanuel Rabu & Charles Robinson en janvier, de Mathieu Riboulet & Maylis de Kerangal au printemps, de Carole Zalberg à l’automne, d’Oliver Rohe tout le second semestre). Pas un livre, dans chaque cas, même si des a-pics il y en a, des préférés on saurait les nommer, des Naissance d’un pont, des Dans les cités, des Avec Bastien, mais le préféré, pourvoyeur de grand choc, s’il agrandit un moment passé en sa compagnie, m’offre bien plus, envisagé dans un ensemble, répétitions béances malfaçons éventuelles y compris – car toutes sont appels & connexions, motifs & places où me mettre moi, agencements & arrangements dont je serai l’urbaniste.

(Notre vanité de lecteur, le plus vain serait de l’ignorer, elle fait un si puissant moteur).

Je considère le travail d’un auteur, s’il m’a marqué, comme un ensemble, dont certes je peux observer, du haut de la colline ou penché sur les points-virgules, des sommets & des creux, mais dont la masse m’importe constituée & en constitution, dont une part essentielle reste à venir.

Peut-être aussi, auteurs, critiques, lecteurs, pensons-nous moins en livres, peut-être que quelque chose à déjà changé, dont la mesure peine à être prise, quelque chose ou le web joue sa part mais pas seul, quelque chose où la lecture publique, ses autres temps de création & d’intervention, joue également sa part, où le commerce aussi a joué la sienne, imposant des formats étriqués (le roman de rentrée, 216 pages police 11 & double interlignages, guère extensible) & forcément réducteurs, je ne sais si ce qui vaut pour moi (& qui me vient aussi d’ailleurs intimes, enfouis, enfances, effarements) vaut pour tous ou pour le nombre. N’empêche : le livre n’est plus seul, en moi, en nous, le livre s’ouvre encore quand on l’a ouvert, il s’ouvre avant, il s’ouvre ailleurs.

& me revient aussi ce constat adjacent : il n’est pas anodin que j’ai, pour plusieurs auteurs aimés, reculé souvent devant un dernier obstacle, un dernier livre avant l’intégrale, pour m’en tenir au presque-tout-lu, freiné comme par une paresse paradoxale & dérisoire, revenant à poser le pied à terre à quelques mètres du dernier lacet de l’Alpe d’Huez : il faut qu’il y ait un trou, dans cela qui se fixe, dans cette image mentale du livre en cours, de l’œuvre ouverte, ce plus grand livre, en cours, que tous ceux qui sont faits, un tout bien plus grand que la somme de ses parties. & le livre, chéri, désiré, manquant à ma liste permet ce possible-là, de l’encore-à-lire, encore-à-faire, du presque-tout.

Peut-être, alors, ma vraie liste, serait-elle celle-là : ma liste des livres en chemin, à lire encore, du Rheinard Jirgl à main gauche, du Fernand Combet à main droite, du Reznikov dans la chambre.

Du presque-tout qui reste à lire, qui m’attend, qui m’espère – je l’espère.

décembre 19th, 2012

Trente-huit | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Accueillir

blog-2012-12-15

Ces derniers mois & ceux à venir, récurrence d’interventions en binôme avec Yann Dissez, modules de formation (comme cette série avec le CRL Pays de La Loire) ou format conférence (improvisation sur un synopsis co-écrit, distribution ouverte des rôles) à destination des médiateurs ; laissant la main à Yann, bien plus expert en cette partie, sur la question cruciale (oui, il faut, oui oui, payer l’écrivain il le faut, répétons et répéterons-nous à l’envi) & complexe des principes & modes de rémunération des auteurs. Ces prises de parole et mises en situation nous sont essentielles (ce que nous nouons de confiance, ce qui se confirme des affinités pressenties des années avant, Yann alors au Triangle, moi à la Maison Gueffier, avec Cathie Barreau, ne fait qu’en amplifier la nécessité) : c’est une reprise de ce que nous avons chacun élaboré, au fil des ans, de façon non pas concertée mais participative, empirique ; reprise dotée d’une part d’élucidation, via ce retour sur expérience, mis en partage. Affirmation de l’Éducation populaire : notre posture (debout, assis, variable) n’est pas celle de l’expert pérorant d’un jargon lointain, elle n’est pas de surplomb, elle se veut horizontale, s’organisant pour tendre au mieux à cette horizontalité. Nous écoutons, aussi, beaucoup, ce qu’ont à nous dire ces gens venus nous écouter. Notre parole, nos récits, répondent (pour partie) aux leurs, se construisent en écho. Leurs représentations, plus ou moins justes ou erronées, de ce que c’est, ce travail, de l’auteur, et de ce que peut être ce travail de travailler avec l’auteur, nous les accueillons. Nous les accueillons comme j’accueille, en atelier d’écriture, les formes et manières et représentations les plus absolument opposées aux miennes, car de leur mise en dialogue dépend la possibilité que quelque chose advienne. Quelque chose comme un mouvement, réitéré, réinventé.

Accueillir, donc.
& partant, accueillir un auteur : accueil qui n’est rien d’exotique, rien d’adopter un orignal ni déclamer un hommage en klingon. Accueillir comme on accueille quelqu’un, homme femme, jeune vieux, riche pauvre, une personne rien que ça, n’importe qui en somme, mais – sans tapis rouge, sans mille courbettes, mais – poliment. Accueillir comme on accueillerait toute autre personne mais – une personne dont on sait, pour en avoir lus (oui, lus, en entier oui), qu’elle écrit, a écrit, écrira des textes, livres, formes mixtes.
& l’accueillir pour quelque chose (une rencontre, une lecture, un échange) dont on sera l’auteur (voire le co-auteur).

Dont on sera l’auteur(e) ? Oui. Ceci n’est pas une confusion, une fumerie démagogique. Vous serez auteur, affirmons-nous.
Auteur est transitif, quand écrivain ne l’est pas. Nous reprécisons bien, à ce moment : vous n’êtes pas l’écrivain. Vous êtes un lecteur des livres de l’auteur par vous invité, mais : vous serez, l’invitant, vous-même auteur(e) de quelque chose : auteur d’un moment (de parole, de lecture, de sens, d’échange, de vie) à inventer, moment auquel l’auteur invité sera convié, duquel il sera un point de convergence, une ou la source.
Répétons : Auteur, lui, est transitif, quand écrivain ne l’est pas : L’auteur est avant tout auteur de quelque chose (qu’il faudra, répétons-nous, avoir lu : que vaudrait sinon d’inviter cet auteur-là et pas mille autres, ainsi qu’ils font dans les festiveaux maximalistes : 300 auteurs, du vin, des attractions et dégustation de productions locales).

D’où l’importance, dans ces moments de formation coopérative, de l’écriture, du faire-écrire. Car sans elle, nulle énonciation de soi (dans un espace, un temps, un environnement) n’émerge vraiment. Or l’énonciation susdite est un socle : pour inviter, puis accueillir. (impliquant : reconnaître, saluer, présenter, accompagner, héberger, payer, remercier, toutes actions accompagnées de signes, dont nombre seront écrits).
Vous : écrirez : pour. Répétons-nous.
Vous serez l’auteur de ce moment-là, de cette rencontre souhaitée entre le texte & ses lecteurs, entre l’auteur du texte & ses lecteurs, voire, favorisant ce passage-là, entre l’auteur & des parts immergées de son travail. Il n’y a pas de confusion, il n’y a qu’une nécessaire énonciation (comment sinon, rester à sa « bonne place », si on ne l’a jaugée), il n’y a qu’à inventer.

Pour accueillir,

il y a à inventer.

Il y a à écrire.

novembre 17th, 2012

Trente-Sept | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Remercier

« On ne pensait pas être capable d’écrire ça », « On ne savait pas que l’écriture pouvait être un outil de pensée » : propos rapportés par celle qui m’a invité il y a peu à animer un atelier d’écriture pour des étudiants. C’est important, ce qu’ils en disent, c’est important de l’entendre, y compris en ces évidences qu’on manipule quotidiennes, façon sacerdoce : oui on leur a dit, on a répété une des ritournelles perso, qu’écrire fait penser, qu’on n’a pensé qu’encore incomplètement avant d’écrire. Me revient, les lisant, une lettre qui fut si importante quand on la reçut, à l’atelier, des années derrière, une lettre qui disait qu’on avait agrandi la vision, la perspective, le rapport au monde, avec nos ateliers hebdomadaires, des années durant, dans cette maison de quartier. Des années durant à venir & revenir, remettre en route une machinerie, un rapport & des interactions, à réinventer chaque semaine, un retour à rejouer, des façons de faire (façons d’écrire, façons de faire écrire) à ne pas laisser sédimenter, rudoyant même un peu pour lancer du neuf, & toujours, ensuite, à chaque texte, sans manières ajoutées mais, toujours, léger : remercier.
Remercier, verbe épinglé aussi au mur, dans un des couloirs du premier, une phrase chipée à Char, par Cathie (merci), copeau coupant lancé, fermée : « Dans mon pays on remercie. ». Phrase que j’emporte comme je cite, nomme, m’y efforce : je cite à qui j’emprunte, ce que du moins je perçois d’emprunts, quand je parle. Je cite & remercie.
& l’on me remercie aussi, pour une chose ou pour une autre, on me remercie de faire, de faire faire, de permettre, d’encourager, on me remercie pour l’écoute, pour la parole, on me remercie, je remercie. Civilités qu’on dirait ordinaires & qui soudain m’apparaissent, ces jours, au regard de ce dans quoi barbotent autour, comme en eaux glaireuses, des amis salariés, m’apparaissent comme lucioles pavant mon chemin.
Mes dernières années de travail salarié, je m’en souviens, ne m’apportèrent, outre emmerdes usuelles & trop-plein toujours grandissant, outre salaire infiniment maigre, outre usure des transports, le roulis du toujours même train, cette toujours même sensation d’être rincé, comme hâlé à l’acide ; mes dernières longues années de ce commerce-là de son temps employé à on ne sait (si vite) plus trop quoi ne m’offrirent que : tourbe amère.
Ni merci ni. Rien qu’érosions des matériaux & composants.
& me dire ce que je savais déjà sans savoir le savoir, qu’au milieu du reste des injustices, reste immense à ne pas minorer, il demeure ça qui compte, cette civilité & ce qu’elle agrège en voisinage étymologique : le mot même, civilisation,
mot rongé chaque jour plus en sus d’avoir été idéologiquement renversé,
& cette part manquante, cette compensation absente, toujours, & désignée indésirable car vous en avez bien de la chance, vous n’êtes pas à l’usine, vous n’êtes pas au chômage, ad libitum jusqu’au plus bas des échelles),
& de me dire que oui, quelque chose dans le travail, dans le salariat, tels qu’on en use dans notre temps, nous réduit, prélève sans fin ni indemnités compensatoires. Organisation de décivilisation. Sens unique du mot remercier : dans leur pays quand on remercie, on flèche direction Pôle emploi. Il reste à inventer encore : fonder d’autres pays d’autres espaces d’autres usages,
d’autres façons de dire : merci.

septembre 20th, 2012

Trente-Six | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Habiter

Rassemblé enfin constater, sur soi, les effets de ce dont on préjuge, ou qu’on observe, attentivement, chez d’autres, qu’on écoute avec attention & parfois même analyse, les éprouver fort et doux. Rassemblé donc me voici ici,
& la métaphore figurée lieu commun s’avère soudain hyper opérante : un site à soi c’est a minima une chambre, c’est aussi une tanière, une niche, une manière de maison neuve ;
& une maison nouvelle, une fois bâtie, on est heureux fier & grisé d’en avoir fini, il reste oui l’électricité à revoir, puis toujours quelques zones d’ombre à finir de carreler de paver de vernir, reste à finir d’aménager mais on y est, mais déjà on peut commencer de la vivre.
L’étrange aventure d’habiter, d’habiter une maison d’octets plus extensible encore qu’une maison des feuilles : un arte povera sans limite, ramifications & boutures, pièces ajoutées, voire étages ou escaliers (comme à Sarajevo, ce souvenir, les travaux perpétuels partout, les maisons mille-feuilles rechappées comme les pneus). L’étrange aventure d’un en-soi, d’un chez-soi, porté hors soi.
& elle perdure, la griserie elle s’installe, elle m’habite, me tient, me redresse, c’est une maison non seulement extensible mais mobile : un mobile-home, en somme, une machine ambulante &
vivante.
L’étrange aventure de s’inscrire
(& dans les lettres gravées se nicher)
heureux fier &, pour un temps perdurant, grisé.

août 24th, 2012

Trente-Cinq | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : (Se) rassembler

C’est monté, une vapeur un jet, à l’orée de cet été qui n’en finissait pas de ne pas arriver, un truc à faire, il y avait à : se rassembler,

& ralentir, parce que & pour (se rassembler) :

il y avait aussi, ralentir, dans ces parages, désir de ralentir. Non pas besoin que ça s’arrête, comme il est récurrent d’en voir surgir le fantasme partagé dans nos espèces connectées : pas de souci non de débrancher, non mes machines ne m’oppressent pas, non les réseaux ne m’enchaînent pas je le dis je l’affirme, ni vous non plus c’est une humeur une fausse piste, non : les projets fourmillant ne me happent ni ne me vident non tous je les aime,

ce qui montait, vive envie de rassemblement, d’une boîte où mettre des choses voire tout et où me mettre moi. Rien que retour chariot, mouvement logiquement pendulaire : je me fragmente, me rassemble ; je me constitue, me disperse.

Forte envie de me réifier & laisser fourmiller les trucs en groupe, rien couper rien cesser rien subir,

juste : se rassembler, faire masse.

Ralentissant, comme en course quand se trouve une cadence, la cadence, une manière de souplesse dans l’allure, après quelques minutes & que le déplacement s’est esquissé, inscrit dans la machine corps, ralentir alors n’est pas s’arrêter, non, c’est jouer du frein moteur, pied levé, levé, levé, prêt, dispos, mais : levé.

L’image aussi du coffre à jouets, solide place-forte où ficher ses bordels, singes & chapeaux, balles et crayons, rassembler la profusion, faire du bruit une forme.

Mais c’est en usinant le blog d’Arno Bertina (en allant voir ailleurs plutôt qu’en moi, donc)

(& cette joie qu’il ait répondu ainsi, avec ardeur enthousiasme souplesse &)

en posant les briques aux couleurs désirées,

lisant relisant les billets, pleins d’élan tel : « Il faut renoncer à utiliser les mots contradiction et paradoxe. Dans Je suis une aventure, dans Troisième territoire (un projet en cours avec le photographe Frédéric Delangle), j’ai cherché à montrer des personnages se libérant de ce schéma (« Les contradictions n’existent pas, le mot désigne seulement notre inaptitude à comprendre par où deux choses travaillent ensemble »). Il faut, comme disait Michaux, « laisser infuser », affiner ce qui semble être une contradiction. »

La chose s’est précisée s’affirmant, truelle en main – les choses, elles s’inventent se faisant –

je vais construire un coffre à jouets, assez vaste pour m’être tanière : là je me rassemblerai. Nouveau site, nouvelle adresse : c’est imminent.

P-s. : Cette série en multiples de 99 signes continuera en cet endroit, elle me demeure importante.

juin 6th, 2012

Trente-Quatre | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : On

On en est là.
On s’installe, on écoute, on regarde, on questionne, on conclut : une rencontre, & puis l’autre. Rencontres publiques avec auteurs, est-ce un métier, c’est du métier, c’est composite, ça me va &

comme ça me va j’y vais.

(passer, faire passer)

On en est là, limite estourbi, en fatigue, cerné des doutes & des listes des choses, choses qu’il faut continuer d’entreprendre pour rien que : continuer. Touche pause, forward d’un demi-pas, regards sur accélérations de chaque instant depuis des semaines, fini, repos ou presque : c’est l’action de (passer) qui offre stase, elle vient dans la discussion même, durant ces quelques dizaines de minutes où on engage force énergie à
tenter de transformer,

en quelque-chose-mais-quoi,

tenter de convertir le fonds, le sédiment, accumulé par la lecture acharnée des livres des auteurs susdits &
de se rendre invisible-mais-non,
de faire passer-mais-quoi, quoi sinon une parole qui, elle, se passerait bien de nous, mais qui s’entend mieux, ainsi mise en conditions idoines : on en est producteur – au sens discographique de facilitateur, metteur en conditions de : quoi ? De : passer.
Deux rencontres, à un mois d’intervalle, avec deux auteurs dont l’œuvre diffère : en littérature comparée, on chercherait des plombes les similitudes. Mathieu Riboulet, Maylis de Kerangal, deux chemins d’écriture qui n’ont en commun que leur intensité leur

(Persévérance, joie, douceur.)
Les deux auteurs ont, eux, en commun d’être de grandes & belles personnes, c’est dit : chose, qui, passant, facilite ô combien la dite facilitation.
Dans les deux cas, ce simple débat public, moment où faire trépied souriant pour leur parole, impose lecture approfondie. Elle l’impose &, ce faisant : la permet.
On a plongé, durant des semaines, post-its à main droite, café bouillu froidu à main gauche, dans les livres de Riboulet, dans les livres de Kerangal, où l’on releva nombre de motifs, réitérés en variation, de faits de langue, de récurrences évidentes ou surprises. On s’est fait enquêteur, on a reconstitué une, des réalités fictives, celle du temps d’écriture, du point nodal, de ce qui sédimente, aussi, de ce qui dépend des conditions, des intentions, d’écriture &
& du reste, de tout le reste qu’on ne sait ni n’a à savoir ; on l’a inventée, mille fois changée, cette réalité hybride, la leur, d’auteur, on a préjugé de mille et une façons, on en a joué, sans vouloir ni savoir, en confiance, sachant qu’on n’en sortira rien, que c’est notre chimie à nous, de lecteur, simple lecteur (& combien c’est complexe, un simple lecteur), qu’on se la garde & jardine (on n’a que ça, comme jardin), qu’en découleront une écoute & des questions non feintes.
On écoute.
On passe.
On y revient.
On y revient & le constate, qu’on a sa part.
Il y a un point commun, se dit-on.

En 2003, Ni fleurs ni couronnes (Verticales), recueil de deux novellas, constitue, elle en convient aisément, un saut, une charnière, dans l’œuvre encore naissante de Maylis de Kerangal. Dans ce troisième livre, une langue, tenue jusque-là dans un périmètre de convention narrative, s’invente, se lance, en même temps que la fiction bouge et s’enflamme. Cherche et trouve dans le même mouvement.

Et l’auteure, comme libérée, portée par l’ampleur (de langue et de fiction), s’énonce, en distance : « Il a chaud. Il survit – et de la belle manière, on va le voir. » (p. 13). « Plus tard, au moment de s’engager dans l’escalier qui qui monte sur la place du village, Clovis s’efface pour la laisser passer, pose alors une main sur ses reins et l’accompagne. On en est là ». On est là.

L’Amant des morts (Verdier) est le huitième livre de Mathieu Riboulet, un jalon moins net dans un trajet tenant plus de la course de fond. Huitième livre où ne s’énoncent pas de nouvelles règles (car tout est semble-t-il déjà là, dès l’origine, dans son travail, et s’expanse, spirale lumière croissant depuis un ensemble originel et nodal d’expérience du monde). Mais où s’affirme avec plus encore d’aplomb cette confiance intranquille, fiévreuse, en l’homme, en ses forces vitales, en sa puissance d’amour (toutes options, l’amour : fièvre, sexe, compassion). Son protagoniste accueille, recueille la souffrance des agonisants. Puis surgit: « On en était là » (p. 36). On se pose et revient, la formule se fait récurrence : « On en était là » (p. 56), « On en était là » (p. 87). On est là, ici, aussi. Récurrence comme en talisman. On permet, autorise. On rallie, rassemble, & distance. On tutoie l’ensemble & vouvoie le particulier.

Ce On de narrateur incarne un tiers-étant, et ce faisant permet, & ce faisant, si l’on veut, incarne – si le désir s’en mêle, seulement si le désir s’en mêle (si l’on veut).

C’est ce aussi ce à quoi on s’est prêté, repérant ce point, minuscule, en commun, aux œuvres si distinctes, trichant sincère, réduisant en conscience, pour tenter d’entrer plus avant. On a réduit pour incarner, comme on distance pour toucher.

On en est là. On avance. On s’arrête, avançant, épuisé, souriant: on avance.

Si on veut, seulement,

si on veut.

mai 4th, 2012

Trente-trois | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Vue de l’esprit

Hors d’ici étais-je, à grands regrets, pris par mille choses. & parmi elles les travaux de Cécile Portier : je retaille & rajuste ici cette présentation pour La Maison de la poésie de Nantes :
Cécile Portier est auteure d’un livre (imprimé), « Contact », paru aux éditions du Seuil, dans feue la collection Déplacements, & d’un livre (numérique), « Saphir Antalgos », chez publie.net.
Cécile Portier est une femme un peu farfeluche, nous dit-elle, citant un lycéen qu’elle fit écrire en atelier. Cette femme est une technocrate, (le substantif est d’elle), seule femme de ma connaissance & j’en connais quelques-unes, à user dans ses courriels des expressions « bouzin » ou « assurer pas une cacahouète », seule technocrate je ne sais, j’en connais moins.
Cécile Portier écrit – deux livres déjà on l’a dit, les deux dissemblables, forme et focale distinctes ; les deux en rapport, fictions très au près du réel & de ses signes captables, les deux de langue resserrée & de digression agile, de métaphores à double fond : dans Saphir, le rêve (scénariste) produit des récits, oniriques & farfeluches, en même temps que le rêve (protagoniste), se trouve nommé (Saphir Antalgos, c’est lui), ainsi fétichisé autant qu’objectivé : le rêve en torero, garçon coiffeur, nourrice agrée, agence de consulting.
Cécile Portier écrit hors des livres sus-cités : elle est aussi l’auteure d’un site, petiteracine, hôte de plusieurs chantiers ouverts: entre autres, Compléments d’objets, qui s’empare d’objets du quotidien pour saisir « nos manières d’être au monde, d’agir dessus » ; Et pour madame, dialogue avec les dessins de Marie Delafon, ou Traque traces, « travail sur la mise en données de nos vies, de façon individuelle et collective » , une fiction, je cite :

« (…)née d’un pari un peu fou : refaire une ville fictive sous la vraie ville. Faire vivre et évoluer tout un peuple, écrit à partir des données qui nous écrivent, nous aussi, êtres de chair. Car chaque jour nous sommes, nous, êtres de chair, mis en données. Chaque jour nous produisons, en nous déplaçant, en communicant entre nous, un nombre incalculable de traces qui sont stockées, analysées, réutilisées. Chaque jour nos faits et gestes sont traduits en données, dont l’agrégation et le sens final nous échappe. Nous sommes identifiés, catégorisés, sondés, profilés, pilotés. Notre vie s’écrit ainsi toute seule, comme de l’extérieur.
C’est un constat. Il serait angoissant, désespérant, si nous n’avions pas toujours nous aussi la possibilité d’écrire notre vie. De reprendre la main sur les catégories. D’en jouer. Cette fiction a ce but. Jouer avec les données au petit jeu de l’arroseur arrosé. Écrire les données qui nous écrivent. Refaire pour de faux leur grand travail sérieux d’analyse et d’objectivation. Et ainsi, apprendre à lire cette nouvelle écriture dominante qu’est l’écriture par les données. Car toute écriture est un pouvoir qu’il faut savoir comprendre, qu’il faut vouloir prendre. »

S’emparer des objets, reprendre la main. Peu de trêve dans cette revue de détail : Tout objet peut y passer, plot poussière ou logiciels étranges, tous sont questionnés pour aussitôt s’approprier la question, qu’ils vous retournent, modifiée.
Le transfert opéré par Cécile Portier dans ses textes & travaux satellites, n’est que pas de greffe du chiffre, du code, des marqueurs, des dispositifs techniques, dans la langue littéraire, ainsi que le pratiquent le cut-up, le remix, voire certaines formes de littérature standard, narratives-et-puis-voilà : la greffe est réversible, le courant y est circulant. C’est le littéraire, cette appropriation hybride (sensible & intellectuelle ; analytique & poétique ; du visible & de l’invisible ; enregistreur & métaphore, etc.) qui vient s’immiscer dans la mise en données, en chiffres, en équation. C’est le monde vu de l’esprit, c’est à dire d’un amalgame de chairs irriguées par du sang, d’une machine efficace & gluante, par où passent, d’où opérent, nos afflictions, joies infinies, terreurs nocturnes.

« Soit. Toute écriture traduit une volonté d’ordonnancer le monde, de le maîtriser. Toute écriture compte. Tout langage est un chiffre. Mais justement, le chiffre est cette élaboration sur le réel qui contient en elle-même son échec (sa ruse ?). Au fur et à mesure qu’elle propose une intelligibilité de son objet, elle devient elle-même objet, possiblement opaque et inintelligible. Et qu’est-ce qui se cache dans cet échec, dans cette ruse ? Se cachent ici notre désespoir, mais aussi notre liberté. »

Il s’agit, comme elle l’a dit ailleurs, de faire des trous.
Des trous dans la dite transparence, ordinaire, lui en remettre de l’opaque, de l’obscur, du mal fichu, du déréglé, du : sensible.
Déchiffrer.
Déchiffrer pour n’expliquer rien ou presque, ou autre chose que prévu, déchiffrer pour agrandir.

« Notre réalité est cette sorte de crabe, très adapté, très véloce, qui bouge mais ne se déplace pas, au mieux opère t-il quelques esquives latérales, mais surtout, ce qu’il fait, c’est s’enfouir, (pour se confondre, pour nous confondre). »

Traque traces est né d’un travail avec des jeunes des quartiers dits « sensibles » (comme l’adjectif résonne alors, soudain, tout autre, chez Portier), du Nord de Paris, des jeunes avec qui il n’allait pas être facile d’entamer discussion. Pour ce faire, Cécile a, un jour, littéralement, « vidé son sac » : ouvert le dit sac de femme plein de ses bouzins, technologies et accessoires, puis proposé de nommer ce déballé, le questionner et de le faire chacun à son tour.
L’expérience est exemplaire de ce double mouvement. Chacun vide son sac, regarde, & agrandit le spectre ; chacun déballe & regarde autre, grand angle. Chacun perce quelque chose. Chacun déchiffre quelque chose. Chacun est bougé comme une chose qu’on déplace & chacun irrigue un objet, l’incarne.
À l’instar des textes de Cécile Portier, densément troués, son œuvre se délivre en étoiles, en cercles, sites.

« Voilà le geste que je tente d’opérer : la préhension, le retournement. Pour que notre réalité cesse d’être évidente, qu’elle se donne à voir pour ce qu’elle est : un objet poétique (car qui niera que notre crabe est beau ?), un objet politique (car qui ne voit toujours pas, après ce retournement, ce que le crabe contient de volonté de prédation ?). »

Vues de l’esprit.
Voir de l’esprit.
Poésie pour pouvoir.

janvier 6th, 2012

Trente-deux | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Collectif


(Ceci n’est pas un billet promotionnel), ai-je été à deux doigts d’intituler ce billet, après avoir été à deux doigts d’en faire un (billet promotionnel), d’annonce de nouvelle année, parce qu’il en assumera certaines des fonctions (de billet promotionnel, d’annonce de nouvelle année), à savoir :  claironner la parution simultanée de deux revues magnifiques auxquelles j’ai joyeuse fierté d’avoir contribué. Mais il le fera de biais et en multiples de 99 signes. & surtout s’attardera sur le fabuleux hasard, la coïncidence de ces deux parutions ce même jour, & ce qu’elle me dit de quelque chose sur quoi j’ai souvent à bredouiller pour m’expliquer – mal.
Mardi dernier, par exemple, commençant cet atelier d’écriture à Châteaubriant, atelier initial, en papier, séance « classique », mon standard de démarrage de cycle : énonciation des quatre principes après présentation brève de mon trajet & de ma pratique. Mardi dernier il y avait tempête, & pluies denses, & trafic à l’avenant, & poids lourds en nombre – j’ai donc entamé ma causerie en retard, essoufflé – ai buté sur un point, dont je ne crois pas s’il soit faible mais, assurément, problématique : mon statut d’auteur. Le disant vite & mal : j’anime des ateliers d’écriture parce que : j’écris. Je publie peu mais : j’écris. Publie surtout collectif mais : j’écris. & ce que je ne peux articuler clair car ce n’est ni l’heure ni l’endroit, c’est que je n’en rougis pas, au contraire, de n’être pas un écrivain, au sens propre ou académique du terme, d’écrire surtout avec les autres, dans des mouvements entrainants – & que j’y apprends de l’autre et y affirme & confirme mon lir&crire – tout comme, en somme, en atelier.
Merveilles pour moi ce matin, avant d’aller causer, cette après-midi même, avec Catherine Lenoble, de tout cela, des rapports d’entrainement, de lir&crire en numérique, de lir&crire en atelier, de participer, d’inviter, de répondre, d’éditer :
-De pouvoir annoncer qu’elle existe, & sera diffusée ce soir, la concrétion matérielle de ce qui secret, deuxième édition, relecture collective de ce qui fut écrit par élans & concaténations collectives, sur le blog de la revue (devenu le site cequisecret.net, pour amplifier encore ces stratégies de capillarité, & l’assumer à plusieurs), où j’ai écrit AVEC les autres.
-De pouvoir donner le lien vers le très beau huitième volume de d’ici là, revue animée par Pierre Ménard sur publie.net, La forme d’une ville, hélas ! change plus vite que le cœur d’un mortel, un livre numérique collectif, aux textes sons images entrelacés par hypertexte, en si large et forte compagnie (60 auteurs, non des moindres : de Jeanney à Pennequin en passant par Vincent, Berlottier, Suel, Grossi ou Portier – auteurs, hommes femmes dont travaux et personne m’importent).
& merveille de la coïncidence, d’un début d’année qui sera placée sous le sceau de cet autre collectif, Instin, dont est à lire le calendrier, ici même.
& merveille d’affirmer que ce hasard n’en est pas un, que les signes s’organisent intelligent, que cela signifie fort, qu’il y a de quoi poursuivre, qu’il faut : collectif, i.e : ensemble, i.e comme un ensemble, ouvert, mouvant – vivant.

décembre 17th, 2011

Trente-et-un | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : Passer

Une autre journée déjà de passée, depuis cette journée professionnelle, riche de forts enjeux personnels — je remercie mais pas ici, l’ayant déjà fait en privé, celles & ceux qui ont contribué à son existence & son (excellent) déroulement. Elle a eu lieu en un lieu de vie (une bibliothèque, un lieu de vie, ceci fut dit) & fut une journée de vie.
Essentielle, cette question de vie, de force désirante, quand la peur (ou l’avidité, son employeur) partout gagnent – essentiel, l’affirmant me reviennent :
Du off Let’s go, rock’n’roll, me glisse Hervé Le Crosnier avant d’envoyer son solo : cette introduction, lumineuse (comme en bonne réponse à ma commande : j’avais dû lui dire : éclairante), durant laquelle il a fustigé l’industrie musicale, en militant du libre échange qu’il est (se laver ici les oreilles pour bien entendre, dans l’expression libre échange, les deux mots associés, a contrario de leur usage ordinairement médiatique, oxymorique, celui de la doxa du Marché, ce ni libre, ni échange). L’échange libre de HLC, c’est celui des lycéens que nous avons été, chacun à son époque, qui échangions des cassettes (disparues elles de longue date, pas leur effet), partage d’accès de pauvres passionnés (comme le sont toujours les passionnés, trop pauvres toujours pour tout acheter), accès fondamental & partage formateur : combien sommes-nous dans cette salle, ce jour-là, pour qui de telles atteintes, pauvres atteintes, au copyright, constituèrent le début de quelque chose, de quelque fièvre fondamentale, de ce désir d’accès qui fit de nous, plus tard — des adultes engagés, créant, passant ;
Du on — j’ai moi-même (& ça compte, pour vous & pas que vous, ces jours-là, les premiers mots), introduit par quelques phrases d’Emaz, dans Cuisine (à paraître chez Publie.net) :

« Première fois que Le Monde ne fait rien sur le marché de la poésie Place Saint-Sulpice, même pas l’indiquer dans un coin, rien. Idem sur France-Culture. Poésie devenant invisible dans les médias, mis à part L’Humanité et quelques revues. C’est pour cela que le choix n’est pas pour ou contre internet, c’est le net ou rien… »,

Emaz qui nous aura suspendus, en conclusion, happés par ce grand silence de sa voix disant ses textes, tout simplement ou presque — presque : car de voir son tapé de pied, en toute fin, détail aperçu, ce tremblement dont rien n’affleure durant lecture, mais tremblement d’où tout remonte, la tension belle, l’autorité (réelle, humble, pas sa mimique en singe savant qu’on croise trop).
Heureux donc ce soir-là & depuis & pour un bail, d’avoir œuvré à permettre que ces voix s’entendent, se succèdent en échos & contrepoints, bibliothèques & peaux de lapins — le 3 fois rien qu’on fait dans ces cas-là, leur tenir bien le micro, en somme, à ses invités, j’affirme et jure qu’ils résident (comme la typographie, art de se rendre invisible, dixit encore Le Crosnier), ce 3 fois rien & son bon dosage (pas 2, pas 4, juste : 3 fois rien) au grand respect d’à qui l’on parle & de qui l’on écoute, un respect travaillé depuis loin, puis agrandi par ce désir, de passer, de faire passer, de passer le faire-passer.
Passer le faire-passer, s’y tenir, droit, dans l’ouvert. Tenir sa basse, léger retrait, puis : go, rock’n’roll – journée de vie (de vie enrichie).

(La photo est d’Olivier Tacheau)

décembre 2nd, 2011

Trente | sur | Quatre-vingt-dix-neuf : technique

Un apport-base, de la dite bascule, à cette pratique qu’elle envoie valser, qu’elle, oui, bascule (à savoir, l’atelier de faire-lir&crire), se situe dans le nœud entre la question technique & ses implications formelles — à cela mille exemples : comment j’insère un lien, comment je taille et pose une image, comment je la titre – & tout ce en quoi ça travaille, perturbe, bascule, le geste d’écrire. Ne pas exagérer : pas mille exemples, deux ou trois, dans mes propres dossiers, la bascule entamée de fraîche date, des dizaines, dans ceux de mes pairs & devanciers, François Bon, Pierre Ménard : qu’il s’agisse d’interroger la documentation gigantesque, aléatoire (ou pas) de Google Street & d’en tisser récits puis récit de récits, chez Pierre ; d’ouvrir un Google doc à dix, puis vingt, puis openaccess via twitter, chez François (& voir alors devant soi l’écran écrire, le texte bruire comme organe mouvant, immense frisson, inoubliable trouble de la perception, fondateur d’on ne sait pas encore quoi, mais fondateur assurément) ; ou d’épuiser le récit d’une journée générique, comme Perec fit d’une place de Paris, par le prisme seul des connections & de leur conditions ; il me semble que très vite le problème technique (ce problème concret de faisabilité : angoisse d’accès réseau, que tout le monde parvienne à se connecter), le problème se fait ressource. La question de le faire web, ce lir&crire partagé, ne s’envisage pas sans que le web en soit le cœur, le vivant.
La technique est le problème & la possibilité.
Il y a bien plus qu’un glissement vers un autre support (de la page vers l’écran) — glissement qui déjà en porte, de la problématique, vigoureuse, (quelle inscription, où marquer ma trace, comment se marque mon geste, dans quelle mesure mon corps se déplace-t-il, etc).
Il y a plus que l’enjeu de publication immédiate et illimitée (pas bornée à l’espace de cet atelier) — lui-même déjà très porteur.
Il y a accumulation de micro-usages & micro-mutations, minuscules coudes accumulés inconsciemment : du format d’un tweet à l’insertion d’un lien, ces ruptures modales, ces entailles dans le geste génèrent des ruptures formelles & de condition. Deux ou trois exemples à ce jour, bien plus à venir, un atelier en ligne provoquant cette obligée invention (ce bricolage), depuis le lir&crire en ligne — la littérature (Perec, cette fois, Claude Ponti lundi prochain) on & off line devient alors aussi une ressource, essentielle, d’appréhension (par expérimentation) de tout cela de mes & nos usages du monde qui bascule, a basculé, basculera encore.

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